De l’autre, ces textes d’introduction insistent sur les « frontières élastiques entre les genres », sur le fait que « le genre de la littérature de voyage ne saurait être isolé des autres », et que, malgré les exemples et les énumérations, « aucun de ces critères n’est décisif » (Gannier 2001 : 6-8 ; voir aussi Belgazou 2008 : 264). [U]n genre provocant au sens étymologique du terme : un appel à la parole et à la culture de l’autre, véritable force d’excarnation qui constitue l’une des inspirations cardinales des lettres européennes. ... Il permet après la lecture d’un très court texte de vérifier la compréhension et de faire émerger des réflexions se rapprochant de la philosophie. Ce rapport, inversement proportionnel, entre la précision du terme et son usage institutionnel, n’est pas sans pas rappeler la question de la « littérarité » (« qu’est-ce que la littérature ? »), quête formaliste aux développements complexes, mais sans conclusion. Il est spécialiste de la littérature de voyages, à laquelle il a consacré sa thèse et plusieurs articles : il s’intéresse aux différentes façons dont les témoignages circulent, à mi-chemin de l’histoire du livre, de l’histoire des idées et de l’histoire des formes littéraires. 2005. Il convient de remarquer que la critique littéraire actuelle n’est évidemment pas une instance purement observatrice, extérieure à ce phénomène de réception de la littérature de voyage, ou de sa récupération à diverses fins. The first part of the article examines the context of the renewal of the study of travel literature, which started in the mid 1970s, in order to better understand its intellectual objectives and critical parameters. À ce niveau, il existe cependant un clivage entre la recherche francophone et anglophone. Loin de se réduire à l’analyse de l’altérité dans les seuls textes, la recherche sur la littérature de voyage a fait sienne la multiplicité des supports qui prennent en compte l’image : dessins, gravures, photographies, etc. La littérature sur les lettres missionnaires est trop vaste pour un résumé en note de bas de page. Elle a par exemple permis de mieux comprendre l’histoire des pèlerinages, ces pérégrinations étudiées par Marie-Christine Gomez-Géraud qui comptèrent parmi les plus nombreux voyages entrepris par les Européens à l’époque moderne (Gomez-Géraud 2000b)[9]. ... Les différentes formes de récits de vie Le récit de vie raconte l'histoire de … L’Usage du monde (1963) de Nicolas Bouvier, par exemple, est une oeuvre bicéphale, puisque le récit de Bouvier est prolongé par les dessins de Thierry Vernet qui l’avait accompagné dans son périple. Or, cette curiosité pour les premiers contacts, omniprésents dans les récits de voyage, a aussi rencontré la vogue des sciences humaines, et plus particulièrement l’anthropologie et l’ethnologie, qui exercèrent sur les années soixante-dix l’immense attrait que l’on sait. Si le moment de cette intronisation coïncide avec les premiers voyageurs romantiques, on ne peut que constater l’éclatement et la diversité de cette « littérature » aux XXe et XXIe siècles : les écrivains continuent de publier leurs témoignages, conscients qu’ils sont de jouer avec les codes d’un genre, ce qu’attestent parmi une litanie d’exemples, des récits à portée idéologique (Gide[26]) ou plus initiatique (Bouvier[27]), jusqu’aux textes qui explicitent la déconstruction du genre (voir Les Absences du capitaine Cook d’Éric Chevillard en 2001). Voir aussi ses études plus récentes sur les Marranes (2001, 2011). Voir aussi l’avant-propos de Stephen Greenblatt qui ouvre la version américaine de The Possession of Loudun (2000). Dans, Le Goff, J. Au contraire, le chercheur universitaire, spécialiste de la littérature de voyage, est en quelque sorte l’héritier du Diderot du Supplément au voyage de Bougainville, ne serait-ce qu’en ce qu’il oriente et participe à la réception des voyages commentés, sans pourtant être en mesure de contrôler entièrement les matériaux qu’il « supplémente ». The second part of the article is about the ambivalence involving, on one hand, the advent of research on travel literature, and on the other, its difficulties in precisely defining its object, or its refusal to do so. (2002). Certes, les antécédents fameux ne manquent pas : Homère, Hérodote et Pausanias. Ce n’est que plus tard, avec le déclin du paradigme structuraliste et le retour en force de l’histoire littéraire que l’influence de Lévi-Strauss et sa prédilection pour la littérature de voyage, relayée par une étude fondatrice de Michel de Certeau sur le même Léry (Certeau 1975)[13], va inspirer les premiers travaux sur celle-ci. Adam, J.-M, M.-J Borel, C. Calame et M. Kilani, dir. Au moment où Yves Lacoste publie La Géographie ça sert d’abord à faire la guerre (1976) et où Pierre Vidal-Naquet s’intéresse aux Crimes de l’armée française (1975), la critique littéraire considère les origines du phénomène colonial. « La découverte de l’Amérique et l’art de la description ». Voir par exemple Muzaffar et Subrahmanyam (2007) et Casale (2010). Une évocation rapide de ce récent développement est utile parce qu’il permet de comprendre quels objectifs intellectuels et surtout quels paramètres critiques ont conditionné les premiers travaux sur la littérature de voyage. « Imago Mundi », 2017, 300 p., ISBN : 979-10-231-0506-6. Qu’ont en commun de telles célébrations, et les critiques susmentionnées ? « L’idée de la découverte de l’Amérique ». 1996. Edition utilisée : Jules Verne, Voyage au centre de la terre, Folio classique, 2014. 2006. Si on rappelle que les voyages sont à l’origine non seulement des récits qui relatent des expériences, mais aussi des écrits qui à leur tour vont commenter et discuter ces témoignages, on peut se faire une idée de la somme de textes qui peuvent potentiellement être intégrés à la recherche sur la littérature de voyage. Nous ne renvoyons qu’aux seuls titres suivants : Broc (1975), Certeau (1975, 1980), Duchet (1977), Hartog (1980), Le Goff (1977) ; plusieurs des premiers articles de Frank Lestringant ont été réunis dans Écrire le monde à la Renaissance (1993), cité en bibliographie ; longtemps dispersés, les travaux de Réal Ouellet ont tout récemment été mis à jour dans La Relation de voyage en Amérique, XVIe-XVIIIe siècles : au carrefour des genres (2010). Encore faut-il retracer la définition des mots « invention » et « découverte » au XVe siècle. Terme qu’emploie notamment Louis Montrose dans son article désormais classique « The Work of Gender in the Discourse of Discovery » (1991), cité en bibliographie ; voir également Le Huenen (1990a). Roger Caillois utilise l'expression « révolution sociologique » pour désigner la « démarche de l’esprit qui consiste à se feindre étranger à la société où l'on vit, à la regarder du dehors et comme si on la voyait pour la première fois » ( « Préface » à Montesquieu, Oeuvres complètes. The context of decolonization thus created certain parallels between the criticism of colonialism and the literary criticism of travel literature. […] j’y ai passé seulement en poëte et en philosophe ; j’en ai rapporté de profondes impressions dans mon coeur. Cioranescu, A. L’analyse de la rhétorique du témoignage, du statut de la preuve et de l’agencement de son style, reste un enjeu essentiel pour la recherche[42]. Gagnon, Fr.-M, N. Senior et R. Ouellet. L’apport de voyageurs-philosophes comme Bernier[50], mais aussi la fortune (incontrôlée) des lettres de missionnaires[51] et d’autres récits de voyage qui n’ont pas été écrits pour alimenter les débats philosophiques, ont pourtant, comme l’a montré Isabelle Moreau (2006, 2007)[52], alimenté le scepticisme radical et permis de questionner les présupposés de la doxa occidentale. D’autre part, Homi Bhabha met en lumière l’ambivalence de ce discours, mélange d’attraction et de répulsion, d’assistance et d’exploitation des peuples rencontrés, qui sème le doute chez le voyageur. Parce qu’en plus de leur histoire, le récit de voyage et le discours colonial partagent plusieurs caractéristiques, qui facilitent d’autant une lecture dite « postcoloniale » de la littérature de voyage. Pour Geoffroy Atkinson, qui évite toute définition précise, la « littérature géographique » est à la fois un « groupe d’ouvrages », un « domaine » et un « genre » (1935 : xiv). Pour suivre le détail de la constante expansion de ce champ de recherche, il est intéressant de se pencher sur le nombre de membres inscrits sur le site du CRLV (Centre de recherche sur la littérature des voyages), dont l’existence, par ailleurs, est peut-être le meilleur exemple de l’institutionnalisation de ce champ d’étude. Voir ici même l’article de Robin Beuchat. Si les unes et les autres ont en commun de se fonder sur un rapport dialectique entre le même et l’autre ainsi que sur le rejet, plus ou moins explicite, de l’historicisation, elles se distinguent cependant radicalement dans leurs mises en oeuvre et leurs présupposés. Montrose, L. 1992. Voir les travaux de Ginzburg (2003, 2010). En effet, loin de se cantonner à la seule approche générique, la littérature de voyage a été investie par de nombreux discours critiques dont nous ne donnons ici qu’un état des lieux lacunaire : En plus des approches formelles déjà citées, on signalera celle, statistique, de Véronique Magri-Mourgues, qui permet de fonder sur de nouvelles bases une poétique du récit de voyage pour la littérature du XIXe siècle. EndNote (version X9.1 and above), Zotero, BIB On comprend à quel point le choix des termes, et plus précisément l’emploi d’antithèses, cherche à fonder (ou à déconstruire) une nouvelle mémoire coloniale. Il est hélas hors du cadre réduit de cette introduction de développer ici comment les récits de voyage ont alimenté de nombreux types de réception : on se limitera ici, un peu arbitrairement, aux lectures philosophiques. Ainsi, chez Gallimard, ont récemment été inclus dans la collection « Folio classique » le Voyage en Orient de Flaubert (2006), l’Itinéraire de Paris à Jérusalem de Chateaubriand (2005), le Voyage en Orient de Lamartine (2011), alors que les deux premiers textes sont absents des Oeuvres respectives de ces auteurs dans la collection « Pléiade ». Il s’agit d’un terme élaboré d’après la notion de « zone de contact » (contact zone) de Marie-Louise Pratt : « espace social où se rencontrent, se heurtent et se saisissent à bras-le-corps des cultures disparates, bien souvent dans le cadre de relations très asymétriques de domination et de subordination » (Pratt 1992 : 4). Tous ces nouveaux outils d’analyse ont en commun de souligner à quel point la recherche sur les récits de voyage s’intéresse à l’hybridation du témoignage. Il vient de publier L’Ombre de l’auteur, Pierre Bergeron et l’écriture du voyage à la fin de la Renaissance. Dans. La coopération texte/image se traduit enfin par une collaboration au niveau des individus produisant cette littérature de voyage. The insistence placed upon origins, and upon first contact, in turn, is one of the many places where the study of travel narratives interacts with the discipline of anthropology. Une réhabilitation qui s’inscrit sur divers fronts : esthétique (Henri Michaux s’étonne de l’existence même de littératures autres qu’exotiques[16]), disciplinaire[17], mythographique (notamment par les renvois aux « récits de voyage » bibliques), éditorial (cf l’importance quantitative du récit de voyage pour l’industrie du livre au XIXe siècle), politique et institutionnel[18], etc. L’intimité qu’entretient la littérature de voyage avec la représentation visuelle est d’autant plus féconde qu’elle repose sur l’argument-leitmotiv de l’« autopsie » (du grec autopsia, « action de voir de ses propres yeux »[44]), voire sur un a priori épistémique : le « visualisme » (visualism), qui pose la capacité à « visualiser » une culture ou une société comme identique à sa connaissance (Fabian 1983 : 106). Parce que les lectures phénoménologiques tendent vers un questionnement philosophique, qui intègre autant la conscience que le corps du sujet, elles ont souvent, mais pas systématiquement, privilégié des auteurs ayant écrit des récits personnels où la part de perceptions, de réflexion et de commentaire, voire de métadiscours sur le voyage, était la plus significative[38]. Sur la notion de middle ground, voir aussi Reichler (2003). 2011. Voir, en plus de l’étude déjà citée de Said (2005), celle de Pratt (1992). n La littérature de voyage s’inscrirait précisément dans les interstices de ces ensembles discursifs qu’elle lie et fait dialoguer en produisant un type d’écrit aussi hybride que singulier. [4] Plusieurs remarques s’imposent sur le contexte intellectuel et historique qui a vu éclore ces premières recherches. Pour le seul exemple de la Nouvelle France, citons entre autres les travaux de Thierry (2001, 2008) et Brazeau (2009). 2. Cette nouvelle sémantisation rappelle à quel point l’intérêt critique pour la littérature de voyage est toujours affaire de singularisation, voire de contrepied. Warkentin, G. et C. Podruchny, dir. Séquence 2: Voyage et altérité Groupement de texte II Corpus : A- Jean-Jacques ROUSSEAU, Emile ou De l’éducation, V, « Des voyages », 1762 B- Paul NIZAN, Aden Arabie, 1931, p. 594-595 Céard, J. et J.-Cl. Enjeux critiques, présent et futur de la recherche, 4. Parmi ses récits, citons les plus connus : L’Usage du monde (1963), Chronique japonaise (1975), Le Poisson-scorpion (1982), Journal d’Aran et autres lieux (1990). Étude du récit > Stvince > Français. Motsch, A. Le terme « exotisme » joue donc un rôle similaire à celui de « Sauvage », qui, affublé de l’adjectif « Bon », connut une nouvelle sémantisation au XVIIIe siècle, précisément à la suite de la réception du récit de voyage par ses lecteurs critiques. Pour Victor Segalen, l’« Exotisme », situé bien au-delà du « cocotier », du « chameau », bien au-delà de « son acception seulement tropicale, seulement géographique », atteint son extension sémantique maximale : il « n’est autre que la notion du différent », « la connaissance que quelque chose n’est pas soi-même », « le pouvoir de concevoir autre » (Segalen 1986 : 37, 41). Bien d’autres auraient pu être mentionnés, mais nous nous contentons de renvoyer aux travaux de Pagden (1982, 1995), Van Ittersum (2006), Grafton (1992), Gerbi (1975). > Récit de voyage Document envoyé le 28-04-2009 par Muriel Velty Lebreton ... Séance de recherches au CDI en préambule à l'étude des récits de voyage de Marco Polo, Jean de Léry ou Bougainville. La littérature de voyage, de même que le discours colonial qui lui est concomitant, est un processus de construction de l’altérité, d’« othering » (altérisation ; ce terme est employé notamment par Gayatri Spivak), à situer dans un réseau d’autres processus de domination, tel que celui des relations hommes/femmes. Pour le chercheur francophone encore davantage que pour l’anglophone, la théorie postcoloniale est affaire d’hybridité, où il faut transgresser les frontières linguistiques autant que géographiques. Le choix du terme « retour » dans le titre même de ces oeuvres indique bien à quel point ce retour est l’objectif même d’un voyage censé éclairer, voire désillusionner, les contemporains. Vincent Masse is an Assistant Professor at the University of Dalhousie. Après le contexte vient l’objet, qu’il faut bien tenter de circonscrire. Dans cette perspective, les écrits des ethnologues ont été aussi analysés pour leur style et pour l’ethos auctorial qui y est développé, comme dans les études de Clifford Geertz ou de Johannes Fabian[40]. Voir Greenblatt (1980, 1991), Greenblatt et Gallagher (2000). Les relations de pouvoir, que les théorisations postcoloniales cherchent à déconstruire et à renverser, ne se limitent pas au duo colonisateur / colonisé. Dès le XIXe siècle, dans ce qui n’est plus la Nouvelle-France et qui n’est pas encore le Québec, l’intérêt pour les écrits de la Nouvelle-France signale non seulement une volonté de remémoration, mais également une entreprise d’aménagement identitaire, dans un contexte colonial notoirement complexe. Un récit de voyage ou relation de voyage est un genre littéraire dans lequel l'auteur rend compte d'un ou de voyages, des peuples rencontrés, des émotions ressenties, des choses vues et entendues.Contrairement au roman, le récit de voyage privilégie le réel à la fiction.Pour mériter le titre de « récit » et avoir rang de littérature, la narration doit être structurée et aller au. À l’opposé, les lectures anthropologiques valent par la prise en compte de la culture qui conditionne le jugement porté sur l’étranger. Au coeur de cet intérêt pour la composante religieuse des témoignages résidait la volonté, initiée par des historiens comme Michel de Certeau ou Alphonse Dupront, d’enquêter sur le cadre mental des siècles anciens qui, à maints égards, nous est devenu étranger. Citons notamment la série Le Photographe (2003-2006) de Guibert, Lefèvre et Lemercier, qui relate le voyage d’un photographe en Afghanistan, et où se mêlent texte, dessins et photographies. 0 1 8. Les définitions de Segalen, de Todorov et de Moura ont en commun leur caractère différentiel[54] ; elles adoptent le contre-pied de la définition admise, de l’idée reçue voulant que l’exotique soit superficiel : « goût des choses exotiques, des moeurs, coutumes et formes artistiques des peuples lointains (souvent appréhendées de manière superficielle) » (Le Robert 2009 ; nous soulignons). « Les récits de voyage aux lisières du roman ». « Qu’est-ce qu’un récit de voyage ? ». He specializes in travel literature, the subject of his doctoral thesis and several articles, and is interested in the different ways in which travel narratives circulate on the crossroads of book history, the history of ideas and the history of literary forms. Le relevé d’occurrences sur un corpus significatif montre comment une stylistique du genre peut être établie, en s’intéressant aux questions de l’énonciation, de la morphosyntaxe et de la « dynamique performative » des récits de voyage (Magri-Mourgues 2009)[28]. L’histoire du livre et des pratiques éditoriales (Bas Martin 2007 ; Holtz 2011) a enfin permis de mieux mesurer les transformations opérées par certains médiateurs (comme les ghost-writers, éditeurs, imprimeurs-libraires) qui parfois métamorphosent radicalement les témoignages des voyageurs[36] : l’histoire du livre de voyage constitue un terrain d’explorations qui, au-delà de la matérialité factuelle, révèle par ses interprétations la pluralité des enjeux qui pouvaient se greffer sur ce type d’imprimés (voir Masse 2009, Motsch et Holtz 2011). Son étude entretient une relation ambivalente avec la notion de « genre », ou, plus généralement, avec le principe de classement, de frontières. En troisième lieu, et en guise de présentation des articles du présent numéro, sont présentés une sélection de discours critiques, de questionnements et d’enjeux ayant investi la littérature des voyages : (1) la poétique du genre, (2) les approches historiques, du new historicism à l’histoire du livre, (3) l’altérité et son étude phénoménologique ou anthropologique, (4) le rapport entre le texte et l’image, (5) la réception des récits de voyage, et notamment la récupération des voyages par la philosophie (6) le discours colonial et les théories postcoloniales, (7) les « histoires connectées ». Said fait du récit de voyage l’un des « genres » essentiels à la discipline de l’orientalisme : « Un domaine comme l’orientalisme a une identité cumulative et collective, une identité qui est particulièrement forte étant donné qu’il est associé avec la science traditionnelle (les classiques, la Bible, la philologie), les institutions publiques (gouvernements, compagnies commerciales, sociétés géographiques, universités) et des écrits déterminés par leur genre (récits de voyage, d’exploration, fictions, descriptions exotiques) » (Said 2005 : 232). �?w�#�8�C�}��&L�y͂ }@��3�j��g{� �N����i�7�ӱ�z�P��Q���+����(�:��e�߇�?�1��B��6 �8��s�cY�$��3 �%�.�� c��l����m�v�y#��!�5�F�. BibTeX, JabRef, Mendeley, Zotero, Étudier les récits de voyage : bilan, questionnements, enjeux, 1. Texte récit de voyage 5ème. Selon le concept développé par Merleau-Ponty dans sa Phénoménologie de la perception (1964). La recherche sur les fondements et les objectifs religieux se situe en effet au coeur de la démarche historique qui a initié les études sur la littérature de voyage. « Des textes ensauvagés ? Voir Doiron (1995, 2011) ; Pioffet (2007, 2011) ; Gros (2012) ; Usher (2010) et son article publié ici-même. Michel Bideaux, 1986), Lahontan (Oeuvres complètes, éd. Un premier panorama critique avait été dressé par Adrien Pasquali (1994). Les études que j’y ai faites sur les religions, l’histoire, les moeurs. Claerr, dir. Philippe Antoine, Les récits de voyage de Chateaubriand. Le récit du voyage de Bougainville aura beaucoup de succès. Voir, entre autres, Subrahmanyam (2005) ; Douki et Minard (2007) ; Boucheron (2009) ; Driver et Jones (2009). À rebours d’une lecture de la littérature de voyage nourrissant un renouvellement philosophique, un autre courant de la recherche s’intéresse à sa part d’ombre, aux témoignages comme émanation du colonialisme et d’autres procédés de domination : la leyenda negra, non pas limitée à l’impérialisme espagnol, mais étendue à l’ensemble de la littérature de voyage. On admettra que l’étude du versant historique de la littérature de voyage peut sembler vertigineuse puisque, par définition, chaque récit de voyage prend son sens dans un ancrage précis qui programme les linéaments de toute première interprétation. Lors de sa « Leçon » d’inauguration, Lévi-Stauss affirmait vouloir travailler en « renouvelant et expiant la Renaissance » (Lévy-Strauss 1996 : 44)[14]. Où situer la littérature de voyage ? Il pourra en effet retrouver certaines des problématiques évoquées plus haut et voyager d’un article à l’autre : s’intéresser aux transferts culturels via l’iconographie (Robin Beuchat), par le comparatisme entre mythes européens et amérindiens (Pierre Berthiaume) ou encore par les histoires croisées de voyageurs orientaux (Oumelbanine Zhiri). Après la domination du colonisateur sur le colonisé, de l’écriture sur l’oralité et de l’homme sur la femme, voici donc celle de l’humain sur la nature. Au vu de l’extraordinaire vitalité des études qui s’intéressent au corpus aussi riche que fuyant de la littérature de voyage, on peut se demander quels sont les approches méthodologiques, les enjeux interprétatifs et les questionnements intellectuels privilégiés par la littérature critique. Quelle meilleure figure de proue pouvait-on en effet choisir, pour célébrer le renouveau des études du récit de voyage à la Renaissance, pour faire fi de son aspect documentaire, pour célébrer sa dimension littéraire hors-canon, que le « pauvre écrivain » Thevet, « géographe dépourvu de tout sens critique et qui accepte sans contrôle les pires légendes, quand il n’en invente pas de nouvelles » (Chinard 1969 : 85) ? Sur cette question, voir aussi les travaux de Charnley (1998) et de Carey (2006). L’étude de la littérature de voyage se nourrit précisément de l’extension des frontières de l’objet dit « littérature », et de l’extension du corpus des textes dits « canoniques ». Hélas, la même remarque concernant l’étanchéité bibliographique[60] s’applique aussi aux « histoires connectées » qui réclament la mise en oeuvre d’une démarche comparatiste et polyglotte. Romantisme, no 4, 1972 ; « Voyage, quête, pèlerinage... », Senefiance 2, 1976 ; Jacob et Lestringant (1981) ; Beugnot (1984) ; Moureau (1986) ; Mesnard (1986) ; Céard et Margolin (1987). Tout d’abord, la décolonisation. Un simple exemple : lorsque Homi Bhabha affirme que « le discours colonial produit le colonisé comme une réalité sociale à la fois autre, mais pourtant entièrement connaissable et visible », suivant « un système de représentation [...] structurellement similaire au réalisme », il serait tout à fait possible de remplacer « discours colonial » par « littérature de voyage » : « la littérature de voyage produit l’ailleurs comme une réalité à la fois autre » [55], etc. Voyage scientifique ou À ne pas confondre avec le concept de « contact literatures », qui renvoie aux littératures écrites en langues européennes, mais en dehors de l’Europe (Carter 1986). 1950. Un exemple tout simple : l’édition des récits de voyage connaît actuellement un formidable essor éditorial, marqué par la présence d’éditeurs persévérants, tels que Chandeigne (collection « Magellane »), La Découverte (collection « Littérature et voyages »), les PUPS (la collection « Imago Mundi »), Robert Laffont (la collection « Bouquins » offre notamment plusieurs anthologies de voyage), Anacharsis (dont la vocation est de « publier des ouvrages qui rendent compte des rencontres entre cultures »), etc. « Léry et Thevet : Comment parler d'un monde nouveau ? ». « The meaning of ‘discovery’ in the fifteenth and sixteenth centuries ». Description ... que l'étude du texte nous permettra de questionner et éventuellement de redéfinir. les traditions, les phases de l’humanité ne sont pas perdues pour moi. Sans prétendre qu’une étude historique ou historienne englobe nécessairement tous les autres types d’analyse comme une catégorie hyperonyme, on ne peut que constater l’importance de la prise en compte du contexte, des destinataires, et plus généralement des conditions de production et de réception de textes qui n’ont jamais été écrits pour notre horizon d’attente[30]. Cette étude est très précieuse puisque la question du style et des dispositifs formels restent souvent un des points aveugles de la recherche[29]. Enfin, on soulignera, avec Vincent Debaene, la relation de rivalité dans la production de nombreux témoignages d’ethnologues français (Leiris, Lévi-Strauss, Métraux, Griaule) qui donnent une forme savante et une forme littéraire à leur expérience[41]. Moureau, F., A. Charon et Th. Au-delà de l’histoire du colonialisme et du discours colonial, la redécouverte d’une littérature de voyage oubliée nourrit également d’autres disciplines et d’autres histoires, telle que l’histoire des religions. « Poète et philosophe », le voyageur ? 1 erreur / page). Depuis l’article fondateur de Jacques Chupeau (1977), et les travaux entrepris ou coordonnés par François Moureau (2005)[23], de nombreuses études vont marquer l’étude des récits de voyage en privilégiant des approches générique et intertextuelle. Pour Jean-Marc Moura, « l’exotisme [est] la totalité de la dette contractée par l’Europe littéraire à l’égard des autres cultures » (1998 : 13, l’auteur souligne). Deux personnages s’y font face : l’explorateur (Amerigo Vespucci) et l’Amérindienne nue, qui s’appelle « Amérique ». Parmi les collectifs que François Moureau a dirigés, voir entre autres Moureau 1996, 2002, 2005, 2008 ; Moureau et al. Dans la même leçon, Lévi-Strauss regrette que la chaire d’anthropologie sociale n’ait pas été fondée au XVIe siècle… pour y recevoir un Léry ou un Thevet. Si la littérature de voyage n’est pas nouvelle, l’intérêt que lui porte la critique universitaire l’est bien davantage. Le Huenen, R. 1990b. Dans cette même gravure, Louis Montrose lit à la fois l’évidence qu’est la dynamique de rapport des sexes, mais également, via une scène de cannibalisme en arrière-plan, à laquelle participe une femme, une ambivalence fondamentale entre attraction et répulsion, assistance et exploitation (Montrose 1991).